Voter ? Mais ça vient d’où ?

 

« Ce qui peut paraitre naturel aujourd’hui est en réalité le fruit d’une lente maturation institutionnelle et d’une évolution des mentalités »

La Constitution française prévoit l’obtention du droit de vote et plus largement de la citoyenneté dès la majorité civile des nationaux ou lors de l’acquisition de la nationalité, sans distinction de sexe, d’origine géographique, de religion ou d’opinion. Chacun citoyen possède une voix qu’il peut exprimer dans l’urne. Ce qui peut paraitre naturel aujourd’hui est en réalité le fruit d’une lente maturation institutionnelle et d’une évolution des mentalités.

L’acte de vote existe depuis bien longtemps dans les sociétés humaines, mais l’idée d’une application à un corps électoral exclusif est née de la Révolution Française. En 1791, le suffrage est masculin et « censitaire » : seuls les hommes de 25 ans ou plus, payant un impôt équivalant à trois journées de salaire (le « cens ») peuvent aller voter et ainsi participer à la vie politique.

 

« Le vote ne deviendra secret, c’est-à-dire sous enveloppe avec un bulletin pré-imprimé et dans un isoloir, que grâce à une loi de juillet 1913 »

Après une longue période, soumise à de nombreux changements de régime où suffrage censitaire et suffrage universel se sont alternés, la IIème République adopte par un décret du 5 mars 1848 le suffrage universel masculin qui ne sera plus remis en cause par la suite.

Le vote ne deviendra secret, c’est-à-dire sous enveloppe avec un bulletin pré-imprimé et dans un isoloir, que grâce à une loi de juillet 1913. Et si une première tentative avait avorté dans les années 1920, il faudra attendre une ordonnance du 21 avril 1944 pour que les femmes puissent se rendre aux urnes à l’égal des hommes. Une croyance répandue voulait que la qualité de mère et d’épouse ne soit pas compatible avec l’exercice du droit de vote. En 1974, c’est l’âge du droit de vote alors fixé à 21ans qui sera abaissé à 18 ans.

 

« L’application du droit de vote en France peut bien sûr être réinterrogée, notamment en comparant avec des expériences d’autres pays »

L’acquisition et l’exercice du droit de vote tel qu’on le connait aujourd’hui apparait être le résultat de nombreuses transformations politiques mais également contextuelles. Elle va de pair avec d’autres transformations économiques et sociales qui ont permises une plus grande autonomisation des individus : alphabétisation, réduction du temps de travail, augmentation du nombre de diplômés, etc.

L’application du droit de vote en France peut bien sûr être réinterrogée, notamment en comparant avec des expériences d’autres pays : faut-il rendre le vote obligatoire comme en Belgique, en Suisse ou en Grèce ? Faut-il reconnaitre le vote blanc, qui exprime une forme de mécontentement du citoyen face au choix politique qui se pose à lui ?  Quelles mesures mettre en place pour garantir que tous les citoyens soient bien inscrits sur les listes électorales ? Peut-on résumer la participation politique au choix effectué par le citoyen dans l’isoloir ? Les réponses à toutes ces questions constituent des choix politiques dont il ne nous appartiendra pas de nous positionner. Nous militons toutefois pour que chacun, en particulier les étudiants qui sont notre cible d’action, puissent se positionner de manière libre et éclairée et soit amenés à se poser une question simple : « pour qui, et pour quoi, devrais-je aller voter ? »